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Parasha Lekh-Lekha


Sommaire

1. "Va pour toi"
2. L'origine du nom "hivri", hébreu
3. Changer
4. Israël n'est pas soumis aux influences astrales
5. Foi et liberté
6. Une histoire
7. Une autre histoire
8. Loth
9. Le mérite de l'épouse vertueuse
10. L'homme dans sa maison


"D-ieu dit à Abram : "Va pour toi hors de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, vers le pays que je t'indiquerai. Je te ferai devenir une grande nation." - La genèse 12, 1.


1 - "Va pour toi"

Par cette exhortation divine, Abraham représente l'élément essentiel du retour vers D-ieu : être capable de se séparer de ses anciennes habitudes, de rompre avec toutes les exigences qui peuvent retenir un tel départ (nécessités matérielles, habitudes culturelles, mais aussi contraintes familiales).

Cette parole de D-ieu est aussi une preuve que le judaïsme est plus facile à vivre par la séparation d'avec les autres nations et leurs mœurs.

La voix de la Torah, p.122

Le Midrash s'étonne: Pourquoi le verset inverse-t-il alors l'ordre des lieux, puisqu'en pratique, on quitte d'abord sa famille avant de quitter sa ville et enfin son pays ?

C'est que Abraham, et comme lui toute personne qui désire opérer un retour à la Torah, doit d'abord opérer un changement radical de "climat" moral, sortir des coutumes idolâtres. Exister en tant que Juif, c'est d'abord s'extraire de tout ce qui n'est pas Juif.

Ce n'est que si nous avons d'abord fait un vrai examen de conscience conduisant à la volonté ferme de quitter tout un système de pensée, qu'ensuite seulement se présentera à nous la difficile tâche de quitter tous nos proches qui n'ont pas encore atteint cette réflexion, ou qui ne parviennent pas à en mettre à exécution les conséquences.

Béréchit Rabba, 39. \1\

2 - L'origine du nom "hivri", hébreu

Pourquoi Abraham est-il appelé "Abraham l'hébreu" ? (Genèse 14, 13)

Pour Rabbi Yehouda, ce nom signifie:
Le monde entier se trouvait d'un côté (èver), alors que lui, Abraham était seul de l'autre, celui du monothéisme. Midrash Béréchit Rabba.

3 - Changer

Quatre actions détiennent le pouvoir de modifier un décret divin:

. La charité (tsédakka).
. La prière (téffila).
. L'amélioration de sa conduite (téchouva).
. Le changement de nom (shinouï shem).
. Et d'autres ajoutent : Le changement de lieu de résidence (shinouï hamakom).

Traité Rosh Ashana, 16b.

Nous déduisons ce dernier point du fait qu'Achem a dit à Abraham : "Va hors de ton pays…et Je ferai de toi une grande nation". Abraham n'a mérité d'avoir des enfants qu'après avoir changer de lieu de résidence.

Pourquoi le changement de lieu peut-il annuler un décret ?

Le fait de s'établir dans un endroit inconnu contribue à annuler un décret divin car, quand il est éloigné de chez lui, le cœur de l'homme est rempli d'humilité.

Le Maarsha sur le Traité Rosh Ashana, 16b.

4 - Israël n'est pas soumis aux influences astrales.

"Il le fit sortir dehors, et lui dit : "Regarde vers le ciel et compte les étoiles…Ainsi sera ta descendance." - Genèse 15, 5.

Du fait qu'à ce moment là Abraham ne se trouvait pas dans sa tente, nos maîtres expliquent que D-ieu le fit "sortir" hors de la planète, qu'il l'éleva au-dessus de la voûte céleste.

D'où l'expression : "Regarde vers le ciel, le verbe employé ici, signifiant littéralement en hébreu, "regarder du haut vers le bas".

De là nous apprenons que le peuple juif n'est pas soumis aux signes astrologiques, il est élevé au-dessus de la destinée. Par conséquent ne doit évidemment ni les consulter, ni les craindre.


5 - Foi et liberté

Si c'est D-ieu directement qui adresse Sa parole à Abraham et non pas un sage, on ne comprend pas vraiment comment il aurait pu faire autrement, ni quel est son mérite.

Toutefois il s'agit bien d'une épreuve : quitter sa terre natale, affronter l'inconnu et partir à l'âge de sa vieillesse.

D-ieu ne lui a pas dit "tu iras en Israël", mais uniquement "dans un pays que Je te montrerais".

Et le vieil Abraham ne remet pas en doute cette parole, tout comme il ne cherche pas à comprendre le bien-fondé, bien qu'une telle demande l'amène à changer radicalement de vie, à tout abandonner et à partir au devant de nombreux dangers.

Abraham, face à cette troisième des dix épreuves qu'il aura à rencontrer, se laisse conduire par la force de la vérité de la foi, bravant ainsi toutes les incertitudes.

L'épreuve suivante

Nous voyons d'un seul coup Abraham partir en Erets Israël sous l'ordre de D-ieu dans une totale confiance, mais une fois arrivé là-bas, il découvre un pays dévasté par la famine.

Un homme normal aurait ici douté du fondement de sa foi, comme ce fut le cas pour Noé face au déluge. Mais là encore Abraham a confiance en la parole divine, il sait la différencier de celle d'un homme, susceptible d'être contredite.

C'est pourquoi, il ne pose pas de questions superflues, il ne se rebelle pas contre les éléments de la nature et l'enchaînement des conditions naturelles.

Il prend les devants et se lance dans la réalité.

Comment comprendre cette attitude étonnante du croyant qui, confronté aux situations les plus difficiles, s'exclame avec une sorte d'optimisme tragique : "Ceci est fait pour le bien" (gam zou lè tova) ?!

La foi en l'avenir ou en la Providence Divine (Bita'hon) est une qualité propre au judaïsme, et c'est Abraham qui nous l'a transmise.

Elle n'est pas une confiance aveugle dans l'intervention divine, ni une soumission à une quelconque fatalité, car en réalité cette dimension d'un optimisme à toute épreuve ne rejette nullement la réflexion personnelle, ni l'effectivité de l'action humaine dans le monde, au contraire elle stipule le libre-arbitre.

La famine

Alors qu'il venait d'arriver en terre de Cannan, Abraham fut exposé à la famine, ("Or il y eut une famine dans tout le pays…" Genèse 12, 10).
Et ces événements naturels allaient, semblait-il, à l'encontre de la promesse divine de combler Abraham de toutes les bénédictions en ce même pays...

Mais notre ancêtre non seulement ne protesta pas, il passa cette épreuve avec dignité, mais de surcroît il n'attendit pas une aide divine exceptionnelle, comme cela avait pourtant déjà été le cas.

Prenant conscience d'une impossibilité matérielle, il fit tout simplement preuve de bon sens : il continua son chemin vers un autre lieu non sans danger, l'Egypte. Midrash Tan'houma.

6 - Une histoire

Le tsaddik Na'houm Ish Gamzou portait ce nom parce qu'il était renommé pour sa devise : "Ceci aussi est pour le bien!". Il restait ferme dans sa conviction qu'aucun mal ne vient du Ciel et que tout ce qui arrive à quelqu'un est bon.

Un jour, les Juifs d'Erets Israël voulurent envoyer un présent à l'Empereur romain. Ils cherchèrent un émissaire et décidèrent : "Envoyons Na'houm, c'est un Tsaddik d'une telle stature qu'il attire les miracles."

On confia à Na'houm un coffret rempli de pierres précieuses et de perles et il partit pour Rome. En cours de route, il logea dans une auberge. Pendant la nuit, l'aubergiste se leva et ouvrit le coffret. Lorsqu'il découvrit son précieux contenu, il vola tout ce qui s'y trouvait et le remplaça par de la terre. Na'houm vérifia la boîte le lendemain matin et s'aperçut qu'elle avait été remplie de terre à la place des joyaux. Il se contenta d'observer comme à l'accoutumée : "Cela aussi est pour le bien ! "

Lorsque l'Empereur ouvrit le coffret et s'aperçut qu'il contenait de la terre, il fut pris d'un accès de rage et proclama :

"Tous les Juifs seront exterminés pour s'être moqués de moi ! Quant au messager qui a apporté cette poussière, qu'il soit condamné à mort !

- Cela aussi est pour le bien ! " murmura Na'houm sans perdre contenance.

Le Prophète Elie se présenta sous l'aspect de l'un des ministres et suggéra à l'Empereur : "Il est possible que les Juifs t'aient envoyé de la terre de leur ancêtre Abraham. On sait que cette terre est miraculeuse. Lorsqu'Abraham la amassa et la lança contre les quatre puissants rois, elle s'est transformée en flèches mortelles."

A cette époque, l'Empereur était en guerre contre un autre pays qu'il ne parvenait pas à vaincre et il décida d'essayer la terre contre ses ennemis. Il la fit lancer contre eux et voici qu'elle se transforma en armes redoutables, provoquant des ravages dans le camp adverse.

L'Empereur fut vivement impressionné : "Faites relâcher l'éminent émissaire des Juifs ! ordonna-t-il. Remplissez de diamants le coffret et qu'il reparte avec !"

Na'houm prit la route d'Erets Israël et Il repassa à l'endroit où il avait logé. Piqué par la curiosité, l'aubergiste voulut savoir quel traitement il avait reçu de l'Empereur. Na'houm lui raconta le miracle. Fou de joie, l'homme remplit une cassette de la même terre et l'offrit à l'Empereur.

"Que m'apportes-tu ? lui demanda ce dernier - De la terre miraculeuse qui se transforme en flèches", annonça l'aubergiste.

L'empereur en fut réjouit et L'emporta à la guerre. Mais aucun miracle ne se produisit. La terre demeura de la terre rdinaire. Elle tomba sans faire de mal à une mouche. L'Empereur fit exécuter l'aubergiste.

La force de Na'houm Ish Gamzou est de pouvoir donner un bon côté à aux événements qui semblaient définitivement mauvais. Il sait s'en remettre à D-ieu et par-là prendre confiance et changer un décret. Cet optimisme peut transformer le mal en bien.

7 - Une autre histoire

Rabbi Akiba et son disciple Péretz se rendaient dans le sud du pays, emportant avec eux un âne et un coq. Après une journée de marche, ils arrivèrent à Ségonia où les deux voyageurs espéraient trouver le gîte. Mais pour une raison inconnue, les gardiens leur refusèrent l'entrée dans la ville.

- "Personne n'entre ! Nous ne voulons pas d'espion romain dans notre ville, dit sèchement un des gardiens.

- Voudrais-tu peut-être que mon maître passe la nuit à la belle étoile ?! réclama Péretz.

- C'est comme ça, que cela vous plaise ou non !

- Sais-tu au moins que mon maître est Rabbi Akiba en personne, le célèbre grand Maître d'Israël...

- Imposteurs ! C'est impossible, Rabbi Akiba est auprès du Roi, jamais il ne viendrait errer à travers le pays !

Et la sentinelle referma violemment la porte de la ville aux deux voyageurs.

- Ne t'inquiète pas, Péretz, dit Rabbi Akiba. Tout ce que D-ieu fait, est bien fait."

Se dirigeant alors dans la campagne environnante, ils y choisirent une place pour s'étendre. Péretz alluma une lanterne.

- "C'est très bien, dit Rabbi Akiba ravi. Les oiseaux de proie et les bêtes féroces, à la vue de la lumière, craindront de s'approcher, ainsi qu'il est dit : "Votre ascendant et votre terreur seront sur les animaux de la terre et sur les oiseaux du ciel." (Genèse 9, 2).

A peine Rabbi Akiba avait-il achevé de prononcer ces paroles qu'une terrible tempête se leva, jetant la lanterne au loin et la brisant.

- Tout ce que le Miséricordieux fait, Il le fait pour le bien, dit Rabbi Akiba.

Bientôt, un effroyable rugissement retentit dans le silence de la nuit. Un lion se jeta sur l'âne qu'il dévora. Sa faim assouvie, il s'éloigna.

- Notre bête de somme ! gémit Péretz.

- Ne te plains pas ! Tout ce que D-ieu fait est bien. Nous avons payé une rançon à la faim de ce lion. Dormons maintenant afin de pouvoir, fortifiés par le repos, continuer demain notre route.

A peine rendormis, un cri terrible les réveilla. Un aigle s'était précipité sur le coq et l'emportait dans ses serres.

- Les terreurs de cette nuit ne prendront-elles jamais fin, s'inquiéta Péretz.

- Tout ce que D-ieu fait, il le fait pour le bien," lui rétorqua Rabbi Akiba.

Le calme s'était rétabli, et les deux compagnons de route crurent enfin pouvoir trouver un peu de repos. Mais tout d'un coup, des clameurs les firent sursauter. Un affreux spectacle s'offrit à leurs yeux. Des guerriers féroces, avec à la main des torches allumées, couraient à l'assaut de la ville de Ségonia.

"Restons impassibles, murmura Rabbi Akiba, ce sont des Romains qui ont surpris la ville endormie."

D'énormes béliers furent poussés contre les portes de la ville, les défenseurs ripostant par des contre-attaques eurent beau semer la mort dans les rangs des agresseurs, bientôt les murs furent battus en brèche et des cris déchirants de désespoir accompagnèrent les pas de soldats victorieux qui pillèrent et saccagèrent la ville, y mirent le feu et s'éloignèrent à l'aube.

"Reconnais-tu à présent la protection miraculeuse de D-ieu qui nous a sauvés ? demanda Rabbi Akiba à son disciple.

Accueillis dans la ville, nous aurions partagé le sort de ces pauvres habitants. Ici, la lumière de la lanterne, le braiment de l'âne et le cri du coq nous auraient certainement trahis. Il a donc fallu que le gardien nous refuse l'entrée de la ville, que la tempête souffle notre lumière, que le lion tue l'âne et l'aigle notre coq, pour que nous échappions au désastre. Vois-tu mon ami tout ce que D-ieu fait est bien fait. Que son nom soit béni à jamais."

Il y a des fois dans la vie des choses qui nous sembleraient mauvaises mais qui en fin de compte s'aperçoivent avoir été essentielles pour notre vie.

8 - Loth

Loth découvre la vérité au contact d'Abraham, il devient même riche grâce à lui, mais à cause de cette même richesse, voilà qu'il renie l'amitié qui le liait avec Abraham, et qu'il se sépare de son maître.

Face à cette situation, Abraham lui demande alors de choisir:

"De grâce sépare-toi de moi, si tu vas à gauche, j'irai à droite, si c'est à droite, j'irai à gauche." (Genèse 13, 9).

Loth choisit alors les plaines fertiles du Jourdain, et Abraham se dirige vers les régions caillouteuses de Mamré.

Mais, pour comprendre la portée de cet événement, il faut le replacer dans le déroulement complet de l'histoire, et voir comment la guerre va s'installer à Sodome, comment Loth et le Roi de Sodome sont faits prisonniers, savoir que finalement c'est Abraham qui viendra les sauver.

Et de là nous pouvons déduire que :

. Ce n'est pas celui qui va d'après ce qu'il voit et qui choisit un soi-disant bonheur qui finit par obtenir le bonheur véritable.

. Tout homme doit faire attention à ne pas s'entourer de gens mauvais (Sodome).

. Un homme doit s'habituer à habiter à côté de son Rav, comme le souligne le Traité Brakhot au sujet de Schlommo Amélekh. Tant qu'il était auprès de son Rav, il ne fauta pas. (Reine de Saba).

. Quand Abraham vit la dispute entre les bergers de Loth et les siens, et que cela engendrerait d'autres disputes, il préféra choisir le terrain le plus rocailleux pour préserver la paix.


9 - Le mérite de l'épouse vertueuse.

"Quant à Abraham, il (Pharaon) lui fit du bien grâce à elle." - Genèse 12, 16.

Qu'est-ce que cela veut dire qu'Abraham devint riche grâce à Sarah ?

Nous apprenons de là que la bénédiction (brakha), la rémunération (parnassa) et la réussite sont apportées dans le foyer grâce au mérite de l'épouse.

L'homme doit tout le temps faire attention et avoir des égards pour l'honneur et le respect qu'il doit à son épouse, car la bénédiction ne se trouve dans la maison d'un homme que grâce à son épouse.

Comme il est écrit : "Quant à Abraham, il lui fit du bien grâce à elle." Traité Baba Metsia, 59a.


10 - L'homme dans sa maison

Sur ce, nous allons amener quelques exemples du comportement de l'homme dans sa maison...

Un jour, le Rav Orba'h, accompagné d'un de ses élèves, rentrait chez lui.

Avant de passer le seuil de la porte, le Rav arrangea son nœud de cravate, sa barbe et ses cheveux.

Etonné, l'élève demanda :

"Excusez-moi, Rabbi, quelqu'un d'important vous attend ?!

- La présence divine se trouve dans ma maison, grâce à ma femme, et je ne m'arrangerai pas ? "

Quand le Rav Orba'h perdit sa femme, le jour de l'enterrement, tout le monde comme de coutume demanda pardon à la défunte. Le Rav, à son tour, s'avança et dit : "Tu sais très bien que je n'ai pas besoin de te demander pardon, car depuis notre mariage, nous n'avons pas eu le moindre froissement entre nous", et il se mit à pleurer.

Savoir vivre et parler

Un homme doit demander dans sa maison, avant l'entrée du Shabbat, si les bougies ont été allumées. - Michna du Traité Shabbat.

Et la Guemara de préciser :

"Dans tous les cas, le mari posera cette question avec douceur."

Pourquoi cette précision ?

Parce qu'il faut poser cette question ni trop tôt, ni trop tard bien sûr (!), avant l'entrée du Shabbat, donc à un moment où l'excitation bat son plein.

Et Rachi de rajouter cette notion merveilleuse :

"Pourquoi avec douceur ? Parce que de cette manière de demander amène les membres de la famille à prêter l'oreille à ce qui est dit."

Si nous comprenons bien, cela veut dire qu'une personne qui ne parle pas avec douceur a de grandes chances de ne pas être écoutée.

Et Shabbat est un moment si important pour l'éducation et le savoir-vivre de nos enfants, qu'il s'agit de poser cette question avec beaucoup de douceur.

Et nous y gagnerons deux choses :
. La paix au sein de notre famille.
. La capacité de se faire comprendre et que la demande s'accomplisse facilement.

Une belle leçon peut-être un peu difficile à appliquer, mais que l'on a le devoir d'accomplir.