Sommaire
1 - Champion de la destruction
2 - La concorde ne tient souvent qu'à un fil
3 - L'opportuniste
4 - Mort vivant
5 - Des êtres uniques
6 - Une Histoire
7 - Que m'est-il permis d'espérer ?
8 - Après les brumes de la nuit...
9 - Des revendications illégitimes
10 - Paroles de nos sages : La discorde
11 - A quel titre ?
1 - Champion de la destruction
Korah, l'homme qui sema la zizanie au
sein du peuple d'Israël.
Il est certes facile de détruire, il suffit parfois pour cela
d'une simple parole. Il est facile de s'énerver et tout s'écroule.
Le plus dure, c'est de construire…
Moshè Rabénou, le voilà depuis longtemps qu'il
construit le peuple d'Israël, qu'il l'unifie devant le Mont Sinaï,
des efforts de jours et de nuits. Aaron quant à lui entre en
contact personnel avec chaque juif d'Israël pour répandre
le Shalom et l'amour au sein du peuple.
Et voilà qu'un jour arrive "Monsieur"
Korah qui, par des réflexions valables, crée la pagaille.
De même que plusieurs années
furent mises pour construire le Temple, le 9 Av, en une seule journée,
il s'enflamme, et ce à cause de la haine gratuite.
Combien de gens dans l'histoire se sont
dépensés pour construire des synagogues, et un Samedi
matin, un "Monsieur" Yehoudi casse tout, seulement en élevant
la voix.
Ce sont de tels moments de réflexion
que nous devons avoir avant de commencer de déclencher la première
étincelle de dispute entre nous.
Il est facile d'être Champion de
la destruction Le plus dur est d'être le champion de la construction..
2 - La concorde ne tient souvent qu'à
un fil
'Et il prit Korah, fils de Ytsar…"
- Les Nombres, 16, 1.
Pourquoi la Paracha de Korah vient-elle
tout de suite après celle des Tsitsit ?
C'est que, nous dit le Midrach, ce qui déclencha la dispute entre
Korah et Moshè Rabénou fut justement le prétexte
du Talit:
Korah fit un repas réunissant
500 personnes, toutes étaient vêtues d'un Talit entièrement
bleu. Cette assemblée se rendit ainsi habillée devant
Moïse. Et on lui demanda : "Si nous portons un Talit entièrement
bleu est-il nécessaire d'y mettre des Tsitsit ? Moïse leur
répondit : "bien sur, la couleur du Talit n'y est pour rien
dans la mitsva des Tsitsit.".
"Pourtant, rétorquèrent les hommes, comment est-il
possible qu'un Talit avec un seul fil bleu dans les Tsitsit rend quitte
la mitsva du Tsitsit alors qu'un Talit entièrement bleu ne le
rend pas quitte ?!" Par cette contradiction dans les propos de
Moïse, voilà bien, une preuve, pensaient-ils que la Torah
que Moïse nous transmet n'est pas celle de D-ieu , mais celle qui
convient à Moïse particulièrement et qu'il interprète
à sa façon, suivant ses convenances.
Ils demandèrent ensuite : "Est-il nécessaire de mettre
une mézouza sur le montant d'une maison remplie de livres de
Torah ?"
"Oui", répondit Moïse.
"Pourtant deux paragraphes seulement (ceux qui se trouvent dans
la mézouza) acquittent toute une pièce, et voilà
que toi tu voudrais nous faire croire que des centaines de livres saints
ne rendent pas quitte de la mitsva (commandement) de la mézouza
?!" Encore une fois, c'est bien là la preuve, pensaient
ils, que la Torah est celle de Moïse personnellement, avant d'être
celle de D-ieu. Yalkout Shemouni
Certains expliquent ce Midrach d'une
autre façon :
Les hommes se présentèrent
devant Moïse dans un Talit entièrement bleu, et cet habit
devait signifier la chose suivante : Tous les Bnéi Israël
étaient au même niveau élevé de sainteté,
et chacun avait entre ses mains la pouvoir de se gouverner seul, dans
sa relation à D-ieu. Ainsi, ils ne comprenaient pas pourquoi
un guide était encore nécessaire entre eux et D-ieu, comment
un Talit entièrement bleu pouvait encore avoir besoin d'un fil
bleu au milieu des Tsitsit.
3 - L'opportuniste
"Ils se rassemblèrent contre
Moïse et Aaron" - Les Nombres, 16, 3.
Pourquoi tous ces hommes voulurent se
révolter contre Moïse et Aaron seulement maintenant et pas
avant ?
Korah savait en réalité
que le peuple d'Israël aimait beaucoup Moïse qui pria pour
lui après la faute du veau d'or, mais suite à l'évènement
qui eut lieu avec les explorateurs et la punition que subirent les enfants
d'Israël, tous avaient été, d'une certaine manière,
déçus par Moïse, et à ce stade, se présentait
une bonne occasion de révolte pour Korah.
Ramban.
Par ailleurs, Korah, comptait prendre
le pouvoir à l'entrée en Israël dans la mesure où
Moïse devait décéder avant d'entrer en terre sainte.
Mais après l'événement des explorateurs, et la
promesse que les enfants d'Israël devaient errer encore quarante
années dans le désert, Korah ne voulut pas attendre plus
longtemps et il voulut prendre le pouvoir le plus vite possible.
4 - Mort vivant
"La terre ouvrit son sein et les
dévora, eux et leurs maisons, et tous les gens de Korah et tous
leurs biens." - Les Nombres, 16, 32
Pourquoi la punition de Korah fut d'être
enterré vivant dans la terre ?
De même que Korah n'attendit pas
son heure pour chercher à devenir le dirigeant du peuple d'Israël,
(il est probable qu'il l'aurait été au moment de l'entrée
en terre sainte), de même la terre n'attendit pas le moment propice
correspondant à la mort naturelle de Korah, mais elle l'engloutit
vivant en elle.
Midda keneged Midda, (tel acte, telle conséquence).
5 - Des êtres uniques
"Et il prit Korah..." - Les
Nombres, 16, 1.
Que prit au juste Korah ?
Il prit le nombre, à la place de l'unité. Il fomenta une
révolte en soulevant les Princes des Tribus et les Lévites
contre Moïse et Aaron, afin de remettre en cause les règles
et les places qui furent fixées par D-ieu, à chaque membre
de l'Assemblée d'Israël, par l'entremise de Moïse Son
Prophète.
Rappelons brièvement le sujet
de dispute qu'inaugure Korah :
Il prétend que tous les enfants d'Israël sont saints et
que les fonctions de la Prêtrise doivent être réparties
entre tous les fils de Lévi, ce qui retirerait à Moïse
la place de guide spirituel du peuple, et à Aaron son statut
de Grand-Prêtre.
Après que Moïse ait entendu la rébellion de Korah
et de ses partisans, il leur fait savoir que dès le lendemain,
chacun devra se rendre dans le Saint des saints pour y procéder
à l'allumage de la Quetoret, l'encens, le plus important des
sacrifices qui est amené devant D-ieu. Or, cette épreuve
de l'encens est significative dans la mesure où il ne peut y
avoir qu'un seul homme parmi le peuple d'Israël qui puisse être
appelé au service de Grand-Prêtre. Cette épreuve
est donc avant tout logique : on peut bien prétendre au nombre
et aux aspirations démocratiques, mais en définitive,
seule l'unité telle qu'elle a été définie
par D-ieu sera retenue. C'est la conclusion logique du monothéisme
: Un seul D-ieu, une seule Torah, un seul Grand-Prêtre. "Seul
l'homme choisi en sortira vivant, tandis que vous tous périrez."
(Midrach Rabba, Les Nombres, 18, 7.)
Que d'étonnement pourtant de voir
tous ces hommes se dirigeaient vers le Saint des saints, avec pour seule
certitude qu'un seul d'entre eux sera choisi et que tous les autres
mourront ! Ils crurent vraiment, en leur for intérieur ("ils
péchèrent contre leur âme", Les Nombres, 17,
3.) pouvoir prétendre se rapprocher du plus haut service divin,
et devenir ainsi l'homme sur lequel repose le monde.
6 - Une Histoire
Il était une fois un Roi qui
fit venir devant lui deux hommes. L'un était un envieux, et l'autre
un jaloux.
Il leur demanda ainsi : "Que l'un de vous fasse une requête.
Je l'exaucerai et donnerai en double le bénéfice de cette
requête à celui que n'a rien demandé."
L'envieux qui ne voulait pas avoir moins que son voisin, demanda au
jaloux de formuler sa demande ? Mais lui-même ne pouvant supporter
que son ami ait le double de sa part, ne voulut se prononcer.
Ainsi, c'est l'envieux qui prit la parole : "Que sa Majesté
me crève un oil !"
Quand bien même l'on voudrait se
rapprocher toujours davantage du service de D-ieu, et grandir dans le
monde de la Torah, on doit garder à l'esprit qu'une place unique
est réservée à chacun d'entre nous, que si l'on
peut progresser suivant les qualités qui nous ont été
donnés par notre Créateur, il ne faut pour autant jamais
envier la place de son voisin, ses biens ou ses qualités, et
encore moins souhaiter qu'il les perde...
7 - Que m'est-il permis d'espérer
?
"Quelqu'un qui envie quelque chose
qui n'est pas à lui, ce qu'il demande il ne l'obtiendra pas,
et ce qu'il a entre les mains il le perdra." - Traité Sota,
9b.
Comme ce fut le cas avec le serpent
: il voulait tuer Adam et prendre Eve, et maintenant il y a une haine
entre lui et la femme. Il lui avait été promis d'être
le Roi des animaux, il sera puni, à cause de sa convoitise, et
se retrouve au rang le plus bas des mammifères. Il devait marcher
debout, le voilà qu'il rampe, il devait manger à la manière
d'un homme, maintenant il mange de la poussière.
Ainsi en fut-il de Korah : il voulait la prêtrise (Kehouna) pour
lui seul, non seulement il ne l'obtient pas, mais il en perd jusqu'à
son nom de Lévi.
8 - Après les brumes de la nuit...
"Moïse parla à Korah
et à toute l'assemblée en disant : au matin…"
- Les Nombres, 16, 5.
Pourquoi avoir Moïse voulut-il
attendre "au matin" pour voir devant D-ieu qui était
dans son tort et qui avait raison.
Certes, peut-être que les effets du vin que le repas avaient provoqués
se seraient dissiper et que les hommes, retrouvant leur conscience,
reviendraient sur leurs décisions absurdes. Mais mieux encore,
de ces paroles de Moïse nous apprenons un principe de base dans
nos relations avec les autres : C'est une mitsva de laisser à
chaque homme sa chance, même dans le cas d'un désaccord
profond, et même après des manifestations de violence.
Car personne ne peut être privé du droit de pouvoir revenir
sur des paroles qu'il n'aurait pas forcément pensées s'il
avait été dans un état normal de calme et de réflexion.
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis...
La nuit porte conseil.
9 - Des revendications illégitimes
"Avec Dathan et Aviram, fils d'Eliab."
- Les Nombres, 16, 1.
Parmi les fauteurs de trouble, et outre
le nom du chef de cette rébellion, dont la Paracha porte le nom,
Dathan et Aviram sont mentionnés, car sans être de la Tribu
de Lévi ils se sont mêlés à la révolte
contre Moïse et contre l'ordonnance divine.
Et, dans la mesure où l'on peut pardonner à quelqu'un
qui manifeste sa volonté de progresser dans son Avoda Achem (service
de D-ieu) et qui veut se hisser à des tâches plus importantes,
dans le cas de Dathan et Aviram, la Torah a voulu mettre en avant, en
mentionnant leurs noms, l'illégitimité de leurs revendications.
Puisque, la raison pour laquelle ils participèrent à cette
dispute était entièrement commandée par l'intérêt
qu'ils avaient à provoquer la discorde, et à en retirer
des bénéfices personnels : membres de la Tribu de Réouven,
ils revendiquaient l'attribution des prérogatives de premiers-nés,
attribuées aux Lévites.
Hidoushé A'him
10 - Paroles de nos sages
La discorde
De nombreux textes nous rapportent comment
nos maîtres tenaient la discorde en mauvaise grâce. L'homme
doit s'en éloigner et la fuir comme on fuit la mort.
En effet, celui qui évite de se confronter à son prochain
et de se mettre dans une situation de dispute, évite ainsi de
s'enorgueillir. Il cherche avant tout à créer autour de
lui un climat de confiance et de disposition au dia logue.
En revanche, s'il nous arrive parfois d'être personnellement attaqué
et touché par des propos agressifs, celui qui sait ne pas répondre
peut s'en glorifier.
"Et ceux que D-ieu aime, ils rayonneront
comme le soleil dans sa gloire"(Les Juges 5, 31)
Qui sont ceux que D-ieu aime ? Ce sont ceux à qui l'on a fait
honte et qui n'ont pas répondu.
Le monde ne tient que grâce à
ceux qui savent retenir leur colère, comme il est écrit
: "Il emmagasine les eaux dans ses nuages, sans que la nuée
crève sous leur poids" (Iov, 26, 7).
"Le monde subsite grâce à
ceux qui savent retenir leur langue au moment d'une discorde."
Traité Houlin, 89a.
Et très souvent l'homme se laisse
entraîner par son mauvais penchant et tombe dans les affres de
la dispute pour des choses qui n'en valent souvent pas la peine. Quelques
minutes plus tard, il regrette déjà son comportement et
ses paroles légères.
Quel intérêt l'homme a-t-il
d'être ainsi honoré ? Tout n'est que vanité.
Deux personnes peuvent se disputer, si
l'une d'entre elle est profondément animée du désir
de recherche la paix, ne trouvant pas de répondant, l'autre sera
nécessairement désarmé. Si cet homme a la crainte
du ciel, l'autre peut facilement le ramener sur le chemin de la paix,
car il ne peut y avoir de dispute seul ! Mais si deux personnes se disputent
et que les deux sont certains d'avoir raison, l'on peut être assuré
que les deux sont dans le mauvais chemins et ne valent rien. Et la querelle
s'enflamme et grandit dans des proportions que rapidement l'on ne peut
plus maîtriser.
"La dispute ressemble à
un tuyau d'eau, quand il se met à couler, il ne s'arrête
plus." Traité Sanhédrin.
Si l'un des deux est intelligent, qu'il
s'abaisse et court après le Shalom. Car celui-là, il est
certain qu'il montera et montera…
Combien est plus grave encore la dispute
dans le couple. Ainsi nos Sages ont décrété plusieurs
lois pour maintenir la paix et en particulier entre conjoints :
- Si D-ieu a permis que l'on efface Son Nom pour rétablir la
confiance dans le couple, c'est ce que l'on voit dans la procédure
de la Sota, la femme soupçonnée d'adultère, combien
devons savoir supporter pour atteindre la paix dans le couple, et nous
effacer un peu ( ! ) , nous-mêmes.
- Si un homme se considère intelligent, il devra faire encore
plus d'efforts pour pardonner à son épouse et pour se
rabaisser en l'honneur d'Achem afin de trouver le Shalom dans son foyer.
La ma'hloquete (discorde) engendre des
enfants problématiques et querelleurs.
Il n'est pas bon que des frères
cohabitent dans la même maison, ni la belle-fille avec la belle
mère, et si une dispute devait naître, il faut savoir se
séparer avant que tout s'enflamme. Car, par le biais de la dispute
viennent les insultes. Il vaut mieux réagir quelques instants
avant qu'il ne soit trop tard, avoir l'esprit vif et ne pas avoir peur
de faire de grandes dépenses pour cela.
De toutes façons, la dispute a le pouvoir de consumer l'argent
, le corps et l'âme.
Grande est la paix, qui est génératrice de bénédictions.
Pelé yoets.
A quel titre ?
"Et il prit Korah, fils de Ytsar, fils de kehat, fils de Lévi…"
- Les Nombres, 16, 1.
Rachi commente : Le verset ne mentionne
pas "fils de Yaacov", car Yaacov avait prié pour que
son nom ne soit pas mentionné lors du récit de cette dispute,
comme il est dit : "A leur assemblée, ne t'unifie pas, (toi)
mon honneur" (Genèse, 49, 6).
Et que gagna Yaacov à ne pas à ne pas voir inscrit son
nom, puisque de toutes façons, nous savons bien que Lévi
est le fils de Yaacov, et donc que Korah est son descendant ?!
Quand on mentionne un nom, nous disons généralement, le
nom du père, (fils de untel), mais dans le cas d'un acte, nous
mentionnons toutes les générations qui ont précédé
cet acte, afin de savoir d'où vient exactement cet acte. C'est
pourquoi Yaacov prévoyant ce qui allait se passer demanda que
l'on ne mentionne pas son nom afin de ne pas être associé,
de près ou de loin, avec cette dispute.