Sommaire
1 -
Quand les mots n'ont plus d'efficacité.
2 - Un tombeau pour l'éternité.
3 - Le péché et la mort.
4 - Une paix parfaite.
5 - Un coeur pur.
6 - La force du repentir.
7 - La Prière, aliment céleste.
1- Quand les mots n'ont plus d'efficacité
Balak et Bilaam, virent qu'il était
impossible de maudire le peuple d'Israël, car le lien d'amour entre
le peuple et D-ieu était trop fort, ("Je suis à mon
amour et mon amour est à moi").
Cet amour le rendait intouchable et indestructible. Ils décidèrent
alors d'envoyer leurs filles pour faire fauter les enfants d'Israël.
Et l'écran protecteur de l'Eternel s'abîma à cause
de leurs fautes. L'idolâtrie et la dépravation des hommes
d'Israël avec les femmes de Moab déclenchèrent une
épidémie qui se répandit au sein du peuple d'Israël,
faisant 24000 morts.
C'est cette atteinte à l'intégrité morale, spirituelle
et physique d'Israël qui va déclencher au sein du peuple
une réaction spontanée contre toute logique : Pin'has,
petit-fils d'Aaron et fils d'Eléazar aCohen, sort des rangs,
et sans aucune autorisation de la part de son maître Moïse,
arme sa main d'une lance et se précipite dans la tente de Zimri
ben Salou. Il le transperce lui, et sa compagne interdite, au milieu
de leur union provocatrice.
Le Midrash rapporte que Pin'has bénéficia de 10 miracles
pour accomplir son acte. "Pin'has se leva pour faire justice et
le fléau cessa de sévir." (Les Psaumes, 106, 30.)
Pour cette action, Pin'has fut béni d'une vie éternelle
: il vécut dans ce monde 400 ans, et il accéda même
à la vie éternelle. Il est identifié par le Midrash
au Prophète Elie, montant de son vivant au ciel dans un char
de feu attelé de chevaux de feu.
2 - Un tombeau pour l'éternité
"Quelqu'un des Israélites
s'avança, amenant parmi ses frères la Midianite, à
la vue de Moïse et à la vue de toute la communauté
des enfants d'Israël, et ils pleuraient au seuil de la Tente d'assignation."
Les Nombres, 25, 6
Zimri ben Salou, se présenta
devant Moïse, et lui posa la question suivante : "Cette femme
qui est avec moi, m'est-elle permise ou interdite ?" Et Moïse
répondit : "Elle t'est interdite."
"Si tel est le cas, pourquoi toi-même t'es-tu marié
avec une fille de ce même pays, Tsipora, fille de Yithro, roi
de Midian ?"
Face à cette réplique perfide de Zimri ben Salou, Moïse
ne sut quoi répondre, "ses mains s'affaissaient", affirme
le Midrash.
A cause de cette attitude perplexe de Moïse, nos sages affirment
que D-ieu le punit en laissant l'emplacement de la sépulture
de notre Maître inconnu des hommes.
Pourquoi Moïse ne réagit-il
pas devant l'acte de Zimri ?
Et pourquoi une telle punition ?
Le fait que Moïse mourut comme
le commun des mortels, loin d'être un argument pour les incroyants
contre le caractère extraordinaire des facultés de Moïse,
est au contraire une preuve que la Torah est d'origine divine.
En effet, si un mortel avait écrit la Torah, il aurait donné
à sa mort un caractère surnaturel, et par-là aurait
encore augmenté son prestige, comme on le voit dans de nombreuses
autres religions. Or précisément, c'est le fait de n'avoir
pas réagi comme Pin'has, qui valut à Moïse le fait
de ne pas être gratifié, comme lui, de la vie éternelle.
Car, si tel avait été le cas, qui aurait pu dire que Moïse
n'était pas un prophète comme les autres.
3 - Le péché
et la mort
"Attaquez les Midianites et taillez-les
en pièces"
Les Nombres, 25, 17
D'où savons-nous que celui qui
fait chuter quelqu'un par le péché est pire que celui
qui attente à sa vie ?
Parce que, celui qui tue, prive certes sa victime de la vie terrestre,
mais celle-ci goûte cependant les plaisirs de la vie future. En
revanche, celui qui induit quelqu'un dans le péché; lui
cause "la mort" en ce monde aussi bien que dans le monde futur.
Deux nations s'avancèrent contre
Israël les armes à la main :
Les Egyptiens et les Edomites les attaquèrent à l'épée.
("L'ennemi disait : Courons,
atteignons ! Partageons le butin, que mon âme s'en repaisse !
Tirons l'épée, que ma main les extermine" L'exode,
15, 9) Et deux nations voulurent faire tomber Israël par le moyen
du péché : ce sont les Moabites et les Ammonites.
De ceux qui s'avancèrent contre
Israël à l"épée il est écrit :
"N'aie pas en horreur L'Edomite, n'aie pas en horreur l'Egyptien",
(Deutéronome, 22, 8).
En revanche, au sujet de ceux qui se sont portés devant Israël,
armés du péché, dans le but de le faire chuter
par le vice, il est écrit : "Ni l'Ammonite, ni le Moabite
ne seront admis dans l'Assemblée du Seigneur, même après
la dixième génération à perpétuité",
(Ibid, 22, 4). Midrash Rabba
4 - Une paix parfaite
"Pin'has, fils d'Eléazar, fils d'Aaron le prêtre,
a détourné ma colère de dessus les enfants d'Israël,
en assouvissant ma vengeance au milieu d'eux, en sorte que je n'ai pas
anéanti les enfants d'Israël, dans mon indignation. C'est
pourquoi, tu annonceras que je lui accorde mon alliance de la paix."
Les Nombres, 25, 11-12
Pourquoi le mot Shalom est-il écrit
ici avec un vav brisé ?
- Nous savons que Pin'has est identifié
au Prophète Eliahou, (Pirkéi de Rabbi Eliezer, 47), et
le nom du prophète porte en effet un vav. Seulement, Yaacov Avinou
s'empara du vav de son nom, et désormais le Prophète Eliahou
est appelé Elia. Yaacov ne consentit à réintégrer
le vav manquant qu'à l'heure où le Prophète Elia
viendra annoncer la rédemption Messianique. Alors seulement Elia
s'appellera définitivement Eliahou.
Rabbi Shimon ben Lakish enseigne que l'Eternel dit à Elie : "Comme
tu as fait la paix entre Moi et Israël dans ce monde, ainsi tu
la feras à l'avenir."
- La paix provoquée par l'action
de personnes zélées, comme c'est le cas dans notre Paracha
avec Pin'has, ne peut être une paix parfaite dans la mesure où
elle passe nécessairement par un acte de violence qui, même
s'il est reconnu par D-ieu, est complètement rejeté par
les hommes qui n'en saisissent pas la valeur véritable. C'est
pourquoi le vav du mot Shalom reste brisé, puisque cette paix,
obtenue par la violence et la vengeance, n'est pas complète.
En revanche, si la paix messianique est annoncée aussi par Elie
le Prophète, même si elle doit se faire dans la violence,
cette paix sera reconnue par tous les hommes, et le Shalom retrouva
son vav complet, la paix sera alors parfaite. La paix apportera alors
au genre humain calme, douceur et harmonie.
"Je vous enverrai Elie le Prophète, avant qu'arrive le jour
grand et redoutable ! Lui ramènera le cour des pères à
leurs enfants, et le cour des enfants à leurs pères, de
peur que je n'intervienne et ne frappe ce pays d'anathème."
Malachie, 3, 23-24.
- Et, ne nous étonnons pas que
l'intervention sanglante de Pin'has soit placée sous le signe
de la paix. "Car la paix avec D-ieu comme avec les hommes ne peut
être érigée sur des compromis, des faiblesses et
des reculs. L'expérience tragique d'aujourd'hui nous enseigne
suffisamment ce que peut coûter la politique de la paix à
tout prix. C'est toujours la prime aux malfaiteurs qui en est la suite
immédiate. (…) Pin'has est ainsi le type même du
chef qui sait hardiment rompre là où il n'est plus possible
de s'entendre. Il accepte délibérément de passer
pour un trouble-fête ou pour un esprit intolérant, dès
qu'il s'agit de rétablir la justice et de sauvegarder la morale
divine. Celui qui, pour sauver la paix, quitte le terrain du combat,
se fait le complice des ennemis de D-ieu. Ni les larmes, ni les plaintes,
ni à plus forte raison l'indifférence ne peuvent sauver
la justice et la Loi. (…) Le Prophète Elie non plus ne
saura construire un monde sur des fondements incertains et équivoques.
L'avenir appartiendra aux idées claires et droites et non pas
à la politique des compromis. C'est ce même Elie qui patronne
la naissance de chaque petit Juif dans le monde, en qui il espère
trouver un jour l'émule, le successeur, qui reprendra la lutte
pour la cause sacrée."
Rav Samuel Shimshon Hirsch
- Mais si Pin'has est associé
au Prophète Elie, dont le Zohar nous dit qu'il est un ange, c'est
aussi pour nous rappeler que Pin'has avait en effet atteint le niveau
de pureté et de moralité propre à un ange. Et donc,
que tout celui qui voudrait prendre exemple sur lui, n'oublie pas que
pour exercer la vengeance divine, il faut d'abord posséder une
âme pure et sereine comme celle d'un ange… (Le zohar.) Toutefois,
même si personne ne peut prétendre aujourd'hui à
exercer une telle justice (seul Eliahou Anavi en a le pouvoir), n'est-ce
pas que ce texte, écrit il y a un siècle, est d'une actualité
pertinente ?!
Car en définitive, qu'est-il préférable : un ordre
injuste ou l'application de la Justice dans la remise en cause des règles
?
5 - Un coeur pur
"Tu annonceras que je lui accorde
mon alliance de la paix.
Elle sera pour lui et sa postérité après lui une
alliance de la paix."
Les Nombres, 25, 12-13
Pin'has n'a pas eu le rôle de
Cohen jusqu'au moment de son acte. Traité Zvarim, 101b.
La raison en est que quand Aaron et Eléazar après lui,
ainsi que toute leur descendance, reçurent la bénédiction
divine en vue du service consacré au tabernacle, puis au futur
Temple, cette investiture ne concernait pas les enfants qui leur étaient
déjà nés, mais uniquement ceux qui leur seraient
à venir. Or, Pin'has était l'aîné d'Eléazar,
et il ne pouvait, à ce titre, prétendre à assumer
son rôle de Cohen.
Toutefois, au lieu d'en être affecté, comme Kora'h le fut
alors que lui-même ne pouvait prétendre au titre de Cohen,
au lieu d'être jaloux de ses frères d'en vouloir à
Moïse et Aaron, au lieu d'en vouloir au monde entier pour ne pas
avoir mérité ces honneurs, au lieu de se révolter
devant cette injustice au lieu de s'éloigner de la foi, Pin'has
au contraire se rapprocha de D-ieu et accepta cette décision
avec joie. Et la preuve se trouve dans ce verset ("pour lui et
sa postérité") où l'Eternel lui confère
le titre de Cohen pour lui et toute sa descendance même si Pin'has
ne pouvait y prétendre. Et c'est précisément son
acte, qui ne fut conduit ni par des motifs de jalousie, ni par une quelconque
frustration, qui exprime sa bravoure, et la pureté de son cour.
Il y eut 80 Grands-Prêtres à l'époque du Premier
Temple et 300 durant le Second ; tous étaient descendants de
Pin'has. (Tossefot, Traité Zvarim, 101b.)
6 - La force du repentir
"La terre ouvrit son sein et les
engloutit avec Kora'h pendant que périssait le reste du parti,
que le feu consumait les 250 hommes et qu'ils servaient d'exemple. Mais
les fils de Kora'h ne moururent pas."
Les Nombres, 26, 10-11
Pour quelle raison les enfants de Kora'h
ne sont-ils pas morts ?
Nous savons en effet que les enfants
suivent toujours l'exemple de leur père, et c'est ainsi qu'auraient
du se conduire les enfants de Kora'h, au moment de sa dispute avec Moïse.
Mais ils eurent des remords, et entreprirent, à la dernière
minute, un travail de retour (Téchouva) sur leurs propres actions,
(Rachi). C'est pourquoi les enfants de Kora'h ne suivirent pas l'exemple
de leur père. Quand la terre s'ouvrit, miraculeusement, un pic
s'éleva du fonds des abîmes, et à son sommet une
plate-forme se forme, sur laquelle atterrirent sans encombre les enfants
de Kora'h, et c'est ainsi qu'ils furent sauvés.
Mais attention, s'ils furent sauvés
à la dernière minute, cela ne signifie pas qu'il suffit
de se repentir de ses mauvaises actions et de ses négligences
à l'heure du trépas. Le cas des enfants de Kora'h reste
exceptionnel, et quand bien même une Téchouva sincère,
mais de dernière minute, serait acceptée par le tout puissant,
cela n'est possible que dans un cas de force majeure. Celui qui attend
délibérément la dernière minute de son existence
pour réfléchir sur le sens de sa conduite devant D-ieu
ne doit pas s'attendre à ce que ses fautes soient effacées.
7 - La Prière, aliment céleste
"L'Eternel parla à Moïse
en disant : "Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : mon
offrande, l'aliment de mes sacrifices consumés, qui me sont en
agréable odeur, vous aurez soin de me les présenter en
leur temps."
Les Nombres, 28, 1-2
Pourquoi la section des sacrifices
est-elle placée dans cette Paracha ?
De même que Pin'has vint rétablir
l'honneur de D-ieu et la paix entre les enfants d'Israël et l'Eternel,
de même les sacrifices quotidiens représentent le dévouement
quotidien et personnel de chaque Juif pour son idéal (Tossefot,
Traité Méguila, 3a). Ils sont, à l'époque
où le Temple de Jérusalem n'est pas en activité,
suppléés par la prière.
Ayant pour effet d'expier les péchés
tant collectifs que particuliers, cette section qui traite des sacrifices
est lue pendant la période des trois semaines du "défilé
étroit" entre le 17 Tamouz et le 9 Av. Réveillant
l'espérance en des temps meilleurs, elle nous rappelle que D-ieu
n'envoie jamais une plaie avent d'en avoir créé le remède
(Traité Méguila, 13b).
C'est pourquoi aussi, pendant cette période malheureuse de l'histoire
d'Israël, nos prières et notre repentir ont la capacité
de réparer nos fautes, et celles commises par nos Ancêtres.
L'esprit divin s'attache à Israël
par le moyen des sacrifices et il s'éloigne lorsque le service
des sacrifices (des prières) cesse d'exister. (Yehouda Halevy,
Le Kouzari) C'est pourquoi la prière est l'aliment de l'âme
du monde.