Sommaire
1. Yehouda, Yehudim.
2. Yehouda et Tamar.
3. La bénédiction et le 'hakham (le sage).
4. Une beauté intérieure.
5. Yossef Hatsaddik.
6. Désirer à en souffrir !
7. Histoires; a- "De générations en générations."
b - La force et la flamme.
c -"Alyah à Jérusalem."
8. Le secret de la réussite.
9. L'influence du milieu ?!
10. L'importance de l'acte.
11. Les mandragores et 'Hanouka.
12. Sauver des vies.
13. Une histoire.
14. Une leçon de bita'hon.
1 - Yehouda, Yehudim
"Yehouda vit, la fille d'un négociant de nom de Chou'ra, il l'épousa…" - Genèse, 38, 2
Comment est-il possible que Yehouda se marie alors que son père est dans la tristesse ?
Après la vente de Yossef, vu la souffrance causée à leur père, les enfants regrettèrent d'avoir écouté Yehouda, le meneur.
"Vayered Yehouda" ("Et Yehouda descendit loin de ses frères"), Yehouda fut déchu de son titre.
Après cette grave faute, Yehouda se sentit honteux devant D-ieu.
Ayant tout perdu, il chercha à se racheter. Pour cela, il décida de prendre un nouveau départ :
Il accomplit la première mitsva de la Torah : la procréation et il se maria.
Ainsi il lutta et ne se laissa pas aller au désespoir.
C'est pour cela que les Juifs s'appellent "Yehudim", du nom de Yehouda qui sut lutter contre toute forme de désespoir.
2 - Yehouda et Tamar
A l'époque, quand un homme décédait, son frère prenait pour épouse la femme du défunt. Yehouda, après avoir perdu ces deux fils mariés à Tamar, hésita à donner Chela son troisième fils. Tamar qui était une tsadeket (juste), savait prophétiquement que des grands hommes descendraient de son sein, de l'union entre elle et Yehouda.
Elle pria : "Tu sais que j'agis pour Ton Nom, ne me laisse pas quitter le tsaddik Yehouda les mains vides. Tamar s'installa à un carrefour et se voilà le visage. Yehouda passa par-là, et un ange d'Hachem le poussa vers elle.
Elle lui demanda : "Que me donneras-tu pour venir vers moi ?"
Yehouda ne la reconnut pas, car elle était voilée.
Il lui répondit : "Je te donnerais un bouc."
Elle lui dit : "En attendant de recevoir le bouc que tu m'amèneras prochainement, donnes-moi ton anneau, ton manteau et le bâton que tu tiens. Et cet anneau sera le signe de notre union."
"Il les lui donna, vint vers elle, et elle devint enceinte de lui". (Genèse 38, 18).
Lorsque Yehouda rentra chez lui, il envoya le bouc qu'il avait promis à la femme, mais personne ne la trouva.
Trois mois plus tard, on lui annonça que sa belle-fille était enceinte par prostitution.
Yehouda convoqua un tribunal ou lui-même siégea.
Il dit : "Faites la sortir afin qu'elle soit brûlée, au même moment Tamar fit porter à un envoyé l'anneau, le manteau et le bâton de Yehouda.
Et elle fit dire : "De l'homme à qui appartiennent ces objets, je suis enceinte."
Yehouda les reconnut et dit : "Elle est plus juste que moi, car je ne l'ai pas donnée à mon fils Chela." Et il la libéra.
Pour sauver sa vie, Tamar aurait pu montrer au tribunal les preuves qu'elle était enceinte de Yehouda. Mais elle préféra les transmettre à Yehouda par le biais d'un intermédiaire, avec discrétion. Et de cette manière, elle laissa le choix à Yehouda de reconnaître son acte ou de la laisser brûler.
Rabbi Zoutra a dit, au nom de Rav : "De là nous apprenons qu'il vaut mieux que l'homme se jette dans une fournaise ardente plutôt qu'il fasse honte à son ami en public."
Traité Sota, 10b
Rabbi Chimon bar 'Hazida dit : "Yossef qui a sanctifié le Nom de D-ieu en cachette (lors de l'épreuve amenée par la femme de Potifar) eut le mérite qu'on lui rajoute une lettre du Nom de D-ieu. (Psaume 101 : "C'est un témoignage à Yièhossef" - en hébreu, Yossef est ici écrit avec un 'hé' en plus).
Yehouda, qui a sanctifié le Nom de D-ieu en public en s'humiliant par le fait d'avoir reconnu, en public, ses relations avec Tamar, mérita que les 4 lettres du Nom de D-ieu figurent dans son nom.
Merveilleux !
3 - La bénédiction et le 'hakham (le sage)
"Alors Yossef trouva grâce aux yeux de son maître (Potifar)…, et il le plaça au-dessus de toute sa maison… Il arriva alors que depuis qu'il l'avait établi comme intendant dans sa maison… D-ieu bénit la maison de l'Egyptien à cause de Yossef ; la bénédiction était en tout ce qu'il possédait, dans la maison et dans les champs."
Genèse 39, 4-5
Pourquoi la torah a-t-elle besoin de nous répéter deux fois sa maison ?
Il est évident que si un tsadik dirige les affaires d' une maison ,elles ne peuvent que fructifier. Mais là ,on apprend que la braha était là simplement parce que Yossef se trouvait là dans la maison..
Dès que le tsaddik est dans la maison, il amène la bénédiction.
Comme le dit le Traité Berakhot, 42b : "Tout de suite après les 'Hakhamim (des sages)il est écrit vient la bénédiction, comme il est dit : D-ieu bénit la maison de l'Egyptien à cause de Yossef."
Explication:
Le fait de recevoir chez soi un sage en Torah amène la bénédiction dans la maison.
4 - Une beauté intérieure
"Tout ce qui était à lui (Potifar), il le remit entre les mains de Yossef, et il n'était plus, , au courant de rien hormis du pain qu'il mangeait - de plus, Yossef était beau de forme et beau d'aspect !"
Genèse 39, 6
Pourquoi la Torah a-t-elle vu la nécessité de n'écrire qu'à la fin que Yossef était beau ?
Ce point déterminant n'était-il pas important dès le début entre Yossef et la femme de Potifar ?
C'est pour nous faire comprendre que ce n'est pas tant la beauté physique de Yossef qui a séduit la femme de Potifar (Zoule'ha), mais bien plutôt les brillants succès de son esprit, sa richesse intérieure.
"Sa beauté ne procura à cette impression que l'intensité décisive" qui amena la femme de Potifar à provoquer Yossef.
S. R. Hirsch
5 - Yossef Hatsaddik
La femme de Potifar avait inventé toutes sortes d'ultimatum, et bien que le piège semblait se resserrer de jour en jour, Yossef resta fidèle à son idéal ...
"Si tu ne fais pas ce que je te demande, dit-elle, je t'accuserai de tous les crimes !
Hashem (D-ieu) est le défenseur des opprimés, répondit Yossef.
Je te supprimerai ton gagne-pain !
Hashem nourrit ceux qui ont faim, répliqua Yossef.
Si tu n'accomplis pas mon désir, je t'attacherai dans des chaînes de fer !, menaça-t-elle.
Hashem délivre les prisonniers, répondit-il.
Je te plierai en deux ! promit-elle.
Hashem redresse ceux qui sont courbés, lui dit Yossef.
Je t'arracherai les yeux ! déclara-t-elle.
Hashem ouvre les yeux des aveugles, dit Yossef.
Je te vendrai comme esclave dans un pays étranger !, Proclama-t-elle d'un ton menaçant.
Hashem garde les étrangers", répliqua Yossef, inébranlable.
Midrach Berechit Raba, 87, 11. Traité Yoma 35b
Une partie des réponses de Yossef à la femme de Putiphar sont les bénédictions que l'on fait chaque matin au début de la prière.
Accusé à tort, Yossef fut toutefois emprisonné dix ans. Il expia ainsi la faute d'avoir fait du Lachon Ara (médisance) sur ses frères.
6 - Désirer à en souffrir !
"Il ne lui prêtait aucune attention quant à se coucher auprès d'elle et d'être avec elle" - Genèse, 39, 10
Pourquoi répéter deux fois cette même idée ?
Réponse : "Coucher auprès d'elle dans ce monde et être avec elle dans le Olam aba" (monde futur).
Traité Sota 3b.
Que signifie cette souffrance d'être "avec elle dans le Olam aba" ?
Quelqu'un qui désire un met succulent et le mange.Mais après être rassasié, on le gave encore de ce met, et se voit forcé de continuer à manger. Ce qui était alors pour lui un plaisir devient une souffrance atroce et pénible.
C'est la même chose pour chacun d'entre nous :
Dans ce monde-ci, nous pouvons désirer accomplir une faute et malheureusement y succomber, car sans l'obtention de cette chose sur laquelle se dirigeait notre désir, nous pensions ne pas pouvoir vivre. Mais, une fois arrivés dans le monde futur, nous nous trouverons tellement remplis de tous ces vains désirs, que débarrassée de notre corps et de ses tendances matérielles, notre âme en sera écourée. Ainsi dans cette situation d'écourement, on nous présentera encore ces mêmes objets de désirs ! Quelle souffrance !
Et Yossef refusa d'être auprès d'elle pour ne pas souffrir d'être avec elle dans le monde futur.
Rabbi Israël Salanter
7 - Histoires
a -"De générations en générations."
Alors que la guerre venait d'éclater, un père vint chercher dans sa classe son fils Its'hak. Quel ne fut pas l'étonnement des élèves quand ils virent la différence de physionomie entre le père et le fils ! Le père était laid, alors que le fils était grand, très beau, avec un visage rayonnant.
Sur ce, un des élèves demanda à Its'hak son camarade s'il y avait une explication à cette différence.
Et Ist'hak raconta :
"Il y a onze générations de cela, mon ancêtre, le Levouch (Rabbi Mordechaï Yafè), qui était aussi très beau, fut incité à la faute par une femme. Se trouvant dans l'impossibilité de s'éloigner de la faute, d'un seul coup, il se jeta dans un égout rempli d'immondices. Quand cette femme vit cette chose dégoûtante qu'il était devenu, elle le dédaigna. Et le Levouch sortit puant de cet endroit, les habits couverts d'excréments. Ensuite il se mit à prier. Remerciant D-ieu, il demanda : "Créateur du monde, puissent les dix générations qui survivront à ma descendance ne donner que des enfants laids, afin que de cette manière, aucun d'eux ne puisse être mis à l'épreuve comme je l'ai été…
A ce moment, continua Its'hak, son esprit s'ouvrit aux profondeurs de la Torah, et mon aïeul commença à écrire plusieurs commentaires essentiels de notre Torah, principalement des ouvrages de halakha (lois)."
Its'hak termina son histoire en leur disant : "Mon père était le dixième descendant du Levouch…"
La beauté extérieure de son saint ancêtre revint sur cette onzième génération qu'Its'hak incarnait.
b - La force et la flamme
Un jour, Mar Oukva eut un regard vers une femme mariée et contracta vers elle un désir tel qu'il en tomba malade.
Il arriva qu'il se trouva nez à nez avec elle en chemin. Et elle accepta "d'aller" avec lui. D'un seul coup, il surmonta son désir, et s'enfuit. Il guérit de son mal.
Après cet événement, on raconte que lorsque Mar Oukva sortait dans la rue, une flamme divine flottait au-dessus de sa tête.
De là nous apprenons que celui qui s'empêche de fauter dans ce domaine mérite la lumière divine sur son visage.
Rachi, Sanhédrin, 31b.
c - "Alyah (montée) à Jérusalem."
Le Rachach (Rav Shalom Charabi) colportait dans les rues du Yémen pour vendre de petits objets. Un jour, alors qu'il passait devant le palais royal, un serviteur sortit et l'appela : "La Dame du palais te demande, elle voudrait voir ce que tu vends !"
Une fois à l'intérieur du palais, le serviteur lui fit monter plusieurs escaliers et il le fit entrer dans une pièce où se trouvait la reine.
Subitement, la dame ferma la porte derrière lui, et sortit un sabre menaçant, pour le forcer à fauter.
Comme le Rachach voyait qu'il était impossible de se sauver, il fit la prière suivante : "Créateur du monde, puisse-Tu me sortir de là, et je promets que si je sors vivant de cette épreuve, je partirais vivre à Jérusalem".
Le Rachach fit alors mine d'accepter la proposition de la dame et demanda la possibilité de se déshabiller dans les toilettes. Une fois en sécurité, il chercha une solution et vit une petite fenêtre par laquelle il ne pouvait que passer difficilement, et sans ses objets. Risquant sa vie, il sauta malgré la hauteur de sa chute. Arrivé en bas, il s'aperçut qu'il ne s'était rien cassé, il accomplit alors sa promesse et se rendit à Jérusalem.
Il alla travailler comme bedeau dans la Yechiva des mekoubalim (étudiants de la Kabbale) de Beth El. Là, il servait le thé et s'occupait de toutes les petites choses de la Yechiva. Un jour, alors que le Rav, Rabbi Guedalia 'Hayoun était réuni avec ses élèves, il posa une question à laquelle aucun élève, ni lui-même n'avait de réponse. Pourtant, le Rachach qui avait entendu la question, connaissait la réponse. Il attendit alors la nuit tombée et glissa un papier, sur lequel il avait inscrit la réponse, dans le livre de Rav. Le lendemain, le Rav découvrit le papier du Rachach, et demanda à tous ses élèves quel était celui qui avait écrit cette réponse. Tout le monde resta silencieux. Cet événement se produisit plusieurs fois, et le Rav restait toujours à la recherche de l'auteur de ces fameuses réponses.
Une nuit, la fille du Rav entendit des bruits et se leva. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle vit le Rachach sortir en cachette de la maison. Elle décida de le suivre, et elle découvrit que ce n'était autre que le bedeau de la synagogue qui déposait dans le livre du Rav les réponses aux questions qu'il posait !
Le lendemain, la fille se rendit à la Yechiva et dit à son père : "Papa, le bedeau c'est le Gadol Ador (le grand de la génération), c'est lui qui écrit toutes ces réponses merveilleuses !"
Le Rachach fut convoqué à la Yechiva, et le Rav lui demanda :
"Est-ce toi qui as écrit tout cela ?"
"Comment serait-ce possible, lui répondit-il, je suis bien loin d'une telle connaissance."
"Tu as pourtant été vu hier soir, écrire et glisser ce billet dans mon livre.
Dorénavant, c'est toi qui prendras cette place, rétorqua le Rav en désignant le fauteuil de son bureau, tu seras notre Rav à tous."
Voilà comment d'une chute inattendue, le Rachach se retrouva élevé au poste de Rosh Yeshiva.
8 - Le secret de la réussite
"Et D-ieu fut alors avec Yossef. Il fut un homme qui réussissait en tout (…)
Yossef fut descendu en Egypte, et Potifar l'acheta en tant qu'esclave" - Genèse, 39, 1-2
"Et le maître de Yossef le prit et le fit mettre en prison (…) Et le prince de la prison remit aux mains de Yossef tous les détenus. Tout ce que l'on faisait là-bas c'est lui qui le faisait (…) Parce que D-ieu était avec lui et que ce qu'il faisait, D-ieu le faisait réussir."
Genèse 39, 20-21-22-23.
D'où vient la réussite de Yossef ?
Yossef était alors un jeune homme de dix-sept ans ,vendu comme esclave, jeté dans un pays étranger comme tel, alors qu'il avait fait l'acte héroïque de ne pas tomber dans le piège tendu par la femme de son maître, il se retrouva en prison.
Pourtant, dans toutes ces situations, il réussit et deviendra même vice-roi d'Egypte.
La réussite de Yossef consiste dans le fait qu'il ne tomba pas dans le désespoir à aucune reprise, car il voyait dans tous ces événements tragiques la main d'Hachem. Et ce, grâce à l'étude de la Torah qu'il avait acquis avec son père.
Cette joie qu'il a su garder, et attiser dans toutes ces situations, c'est cette force qui l'a fait réussir dans ces épreuves.
Yossef signifie littéralement "rajouter", c'est-à-dire qu'il a toujours su se surpasser.
C'est l'enseignement de 'Hanouka :
Pourquoi rajoutons-nous des bougies à la 'Hanoukia? Pour rajouter chaque soir un peu plus de lumière dans l'obscurité.
9 - L'influence du milieu ?!
Pourquoi la paracha de Er et Onan, les enfants de Yehouda qui ont fautés devant D-ieu en jetant leurs semences par terre, est-elle justaposée à c l'histoire de Yossef ?
C'est pour nous apprendre que l'homme peut se conduire dans sa maison comme un brigand, et qu'un homme, même en Egypte, à l'époque l'endroit le plus impur, il peut se comporter comme un Tsaddik.
Rabbi miSalonim.
10 - L'importance de l'acte
"Réouven l'entendit et il le sauva de leurs mains" (Genèse, 37, 21)
"Réouven leur dit donc :'Ne versez point le sang, jetez-le dans cette citerne qui est dans le désert, mais ne portez point la main sur lui." Genèse, 37, 22.
si Réouven avait su que D-ieu écrirait dans la Torah, "Réouven l'entendit et il le sauva de leurs mains" (Genèse, 37, 21), Réouven aurait porté Yossef sur ses épaules et l'aurait ramené à son père.
Midrach Ruth Raba, 5, 6.
Si un homme fait une mitsva, qu'il la fasse de tout son cour. Car si Réouven avait su que D-ieu écrirait dans la Torah, "Réouven l'entendit et il le sauva de leurs mains" (Genèse, 37, 21), Réouven aurait porté Yossef sur ses épaules et l'aurait ramené à son père.
Dans la vie, nous faisons souvent des gestes qui nous paraissent anodins, alors qu'en réalité ces actes sont considérés aux yeux de D-ieu à un tel point qu'ils valent la peine d'être mentionnés dans la Torah.
Et si Réouven ou nous-mêmes connaissions l'importance de nos actes, nous les ferions avec beaucoup plus d'enthousiasme et d'attention !
11 - Les mandragores et 'Hanouka.
"Les mandragores répandent leur parfum ; à nos portes se montrent les plus beaux fruits, nouveaux et anciens, que j'ai réservés pour toi, mon bien-aimé !"
Chir Achirim, (le Cantique des cantiques) 7, 14.
Les mandragores qui répandent leur parfum, c'est Réouven, et à nos portes se montrent les plus beaux fruits, ce sont les bougies de 'Hanouka. Midrach Plia
Pourquoi le Midrach fait-il l'éloge de Réouven ?
Réouven n'a-t-il demander à ses frères de jeter Yossef dans le puits ?
C'est qu'il l'a fait "pour le sauver des mains de ses frères et pour le ramener à son père", en attendant que ses frères se calment. Voilà la raison pour laquelle le Midrach le loue.
Mais la question se pose alors sur Yehouda :
N'a-t-il pas lui aussi sauvé son frère de la mort en le vendant aux marchands ("Quel avantage, si nous tuons notre frère, et si nous celons sa mort ?", Genèse, 37, 26) ? Pourtant Yehouda n'a reçu aucune récompense, ni aucune glorification pour cela.
C'est que, quand Yehouda vendit Yossef pour l'Egypte, il le mit vraiment en danger de mort : l'assimilation dans une nation étrangère est plus grave encore que la mort physique d'un Ben Israël. Cela, Yehouda aurait dû le prendre en considération.
Et quel est le rapport entre Réouven et H'anouka ?
Réouven et H'anouka expriment la même idée.
A 'Hanouka nous n'étions pas en danger physique mais spirituel. Les Grecs étaient prêts à nous accepter en tant qu'humains, mais seulement si nous étions dénués de notre judaïsme.
Et grâce à D-ieu, nous avons relevé le flambeau de la Torah et repoussé le danger de l'extinction spirituelle en gagnant contre les soldats grecs et les Juifs hellénisants.
C'est pour cela que toute la fête de 'Hanouka est célébrée à la lueur de l'huile d'olive et de la lumière (par la mitsva d'allumer les bougies et par la coutume de certains de faire des beignets).
12 - Sauver des vies !
A son retour du service auprès de son père, Réouven prit connaissance de la disparition de son frère, vendu aux marchands de Midian :
"et il dit : 'l'enfant n'est pas là, et moi où donc vais-je aller ?' " Genèse, 37, 30
Que signifie cette exclamation de Réouven ?
Il se dit : Si mon frère s'assimile en Egypte, que vais-je faire ? Ma responsabilité est perdue, où vais-je aller ? Que vais-je faire ?
Et cette phrase retentit jusqu'à nos jours, devant la situation d'aujourd'hui. Combien de jeunes connaissent les stars du show-business et du sport, mais ne connaissent plus nos maîtres ?
Combien sont-ils sensibles aux vanités de ce monde et s'empêchent ainsi d'en atteindre les profondeurs cachées ?
Combien se perdent dans l'ombre de l'exil, et dans les méandres de l'assimilation ?
Alors cette phrase retentit à nos oreilles : l'enfant n'est plus là, et moi, où vais-je aller ? Qu'ai-je fait à cet enfant pour qu'il retourne vers son judaïsme ?
13 - Une histoire
Un jour, il y a à peu près soixante-dix ans, le jeune futur-Rav Ovadia Yossef, étudiait à la Yechiva chez le Rav Ezra Atia.
Voilà que depuis quelques jours, le jeune Ovadia Yossef ne vient plus étudier.
Le Rav Ezra Atia alla prendre des nouvelles du jeune. Et il le trouva dans la boutique de son père portant les cartons.
Il dit alors au père : "Qu'est-ce que ton fils fait ici ?"
"Je ne peux plus porter les cartons, mon fils restera ici pour travailler," répondit le père.
"Si ce n'est que ça le problème, demain je t'enverrai un remplaçant", lui rétorqua le Rav Ezra Atia.
Le lendemain, le Rav Ezra Atia rentra au magasin du père.
Et celui-ci lui dit : "J'ai envoyé mon fils étudier, où est l'ouvrier ?"
"Et bien, il est devant vous !", répondit le Rav.
Devant ce comportement extraordinaire, le père demanda au Rav de retourner à la Yechiva.
Au fil des années, le jeune devint une des lumières d'Israël, de qui les gens et Rabbins, du monde entier et de tous les horizons politiques, viennent demander l'avis en matière halakhique (les lois).
14 - Une leçon de bita'hon
La confiance en D-ieu et en sa providence)
Yossef interpréta les rêves des deux prisonniers qui se trouvaient avec lui en cellule : l'échanson devait vivre et le panetier mourir.
Et Yossef demanda au premier une faveur : "Lorsque tu auras réintégré ta place à la cour, rappelle-moi au souvenir de Pharo et demande qu'il me libère de cette prison. Je suis innocent, j'ai été kidnappé du pays des Hébreux, et ici je n'ai rien fait de mal qui m'ait valu d'être emprisonné."
Quand, à l'anniversaire de Pharaon, les prisonniers furent libérés pour être jugés, les conseillers de Pharo estimèrent, comme l'avait prédit Yossef, que le panetier devait mourir, et l'échanson vivre.
Mais l'échanson ne se souvint pas de sa promesse.
Pourquoi ?
Ainsi dit D-ieu : "Est-ce là ton bita'hon (confiance) en Moi, Yossef ? Tu comptes sur un Egyptien arrogant pour te tirer de la prison ! Tu as tort de placer ta confiance dans de hauts personnages qui oublient et ne cherchent pas à aider les autres. Le grand échanson t'oubliera, mais Moi, Je me souviendrai de toi quand le temps viendra pour toi d'être libéré."
Bien que l'on attende d'un Juif qu'il fasse toutes les démarches nécessaires pour se sauver d'une situation de détresse, il ne doit pas perdre de vue le fait qu'aucun être humain ne peut le sauver ou lui faire du mal en aucune manière. Tous les gens qui nous font des faveurs ou qui nous infligent des souffrances ne sont que des agents qui accomplissent un décret divin. Le bita'hon parfait consiste à croire que tout ce qui se passe dans ce monde ne vient que de D-ieu seul, et que Lui Seul peut modifier notre destin.
'Hovot halevavot, Emounah ouBita'hon